Par Nathalie Lizé

Nous sommes des professionnels de la petite enfance et notre travail est d’éduquer. Nous devons intervenir avec conscience et éthique avec tous les enfants et nous devons les aimer sans condition et dans la bonne humeur.  Est-ce vraiment humainement possible en tout temps ? Les hommes et les femmes dans toute leur humanité peuvent-ils aimer tous les enfants inconditionnellement sans jamais se laisser distraire de la bonne voie par le défaut de l’un ou le comportement dérangeant de l’autre ?  Peut-on tous les jours, faire abstraction de notre fatigue ou de notre humeur un peu grognonne ?  Il y a des moments où un manque d’affinités avec un ou des bambins prend plus de place et c’est tout à fait normal. Vous voyez de quoi je parle ? Si c’est quelque chose que vous n’avez jamais vécu, vous avez beaucoup de chance.  Pour ceux qui ont un sentiment de déjà vu et qui cherchent des solutions à cette situation aussi humaine que délicate, je vais essayer dans ce texte de vous donner quelques idées pour aider le courant à mieux circuler entre vous et ces petits qui viennent par moment, réveiller votre corde sensible.

S’observer soi-même

Il est important d’abord de se demander ce que cet enfant vient chercher en vous qui fait que ses comportements vous dérangent tant. Pourquoi vous devenez davantage impatient avec ce petit plus spécifiquement ?  Il faut selon moi, trouver pourquoi votre réaction est si forte pour travailler de façon plus adéquate. Est-ce que l’enfant qui frappe, tape, pousse, répond avec arrogance, crie ou pleure beaucoup, vient remettre en question vos valeurs personnelles profondes ? Est-ce qu’il vous renvoie à vos propres défauts ?  Est-ce que ça vous amène à vous sentir incompétents et vous croyez qu’il n’y a rien à faire ? Avez-vous l’impression que c’est son tempérament et voilà tout donc, il ne changera pas, peu importe l’intervention ? Est-ce que vous ne voyez que les comportements négatifs et vous ne comprenez pas comment passer par-dessus ? Finalement, avez-vous l’impression d’avoir tout fait et de manquer d’outils et chaque fois qu’un enfant présente le même genre de personnalité, vous vivez ça avec difficulté ? Cherchez ce que cela vient chercher et remettre en question en vous et travaillez là-dessus. Loin de moi l’idée de vous culpabiliser. Nous sommes des professionnels mais, nous sommes humains et toutes ces questions sont nécessaires pour pallier la problématique. Une autre chose essentielle à faire est de prendre du recul pour essayer de se détacher un peu de la situation et rester indulgent avec soi-même.  Car, pour arriver à prendre soin des autres, il faut d’abord prendre soin de soi.

Agir au-delà du comportement

Pour arriver à travailler un comportement, il faut d’abord en trouver la cause. Derrière chaque attitude négative se cache un besoin et tant qu’on n’y répond pas adéquatement, malgré toute la bonne volonté du monde, rien ne se règle et le problème revient. Souvent, on essaie de faire disparaître des façons d’agir mais on oublie de trouver d’où elles viennent, de rechercher le malaise caché derrière. C’est comme agir sur les symptômes sans chercher à guérir la maladie.

Quand les causes développementales sont éliminées par vos observations et que toutes causes médicales possibles sont écartées, il faut chercher derrière, aller plus loin, découvrir le gain positif ou négatif de l’enfant (recherche d’attention négative par exemple).

Pour bien comprendre ce que je veux dire par la recherche d’attention négative, allez voir la théorie du chip molle de Nancy Doyon.

https://www.sosnancy.com/le-principe-des-chips-molles-2/

Choisissez vos mots avec prudence quand vous parlez des enfants dont vous prenez soin. Ils sont forts et les enfants les entendent. Attention aux étiquettes imposées aux petits. Les enfants ont tendance à se comporter selon la vision que nous leur renvoyons. Ils ne sont pas méchants, agressifs, impolis. Ces mots ne désignent que des agissements et ne représentent pas ce que l’enfant est profondément.

Prendre le temps d’observer.

L’observation est vraiment la base de tout intervention, vous le savez. En arrivant à identifier pourquoi le bambin agit ainsi, vous arriverez à faire la différence entre lui et les gestes qu’il pose et à travailler sur la cause. Vous pourrez peut-être comprendre que son but n’est pas de vous provoquer mais de répondre à un malaise ou encore un besoin. Vous pouvez consulter la pyramide de Maslow pour vous guider dans la compréhension des besoins fondamentaux des humains.  Je vous partage un article intéressant créé par papaposif.fr qui explique bien les besoins fondamentaux.

https://papapositive.fr/la-pyramide-de-maslow-pour-les-enfants/

Trouver les forces de l’enfant

Malgré le manque d’affinité et les comportements dérangeants, tous les enfants ont des forces, des points positifs, des qualités qui ressortent lorsqu’on prend le temps de s’y arrêter. En vous attardant sur le positif vous verrez une amélioration. Faites-lui des compliments chaque jour. Changez la perception négative que vous avez de lui en prenant des notes sur les moments positifs de sa journée et prenez le temps de lui dire ce que vous avez remarqué. Partagez vos observations objectives et positives avec vos collègues, cela vous aidera à les garder en mémoire. Essayez de porter votre attention spécifiquement sur ces moments. Passez du temps seul avec cet enfant ou vous êtes présent de cœur et d’esprit, intéressez-vous à lui et faites-lui vivre des réussites. Montrez-lui que vous êtes bien avec lui.

Un outil pour vous aider

Préparer un tableau à deux colonnes ; une pour les crochets positifs et l’autre pour les crochets négatifs. Ensuite, pendant une journée, faites un crochet, dans la colonne respective chaque fois que vous dites son nom. Vous serez probablement surpris de voir comme il y a beaucoup de crochets pour les comportements négatifs. Beaucoup d’attention négative qui est donnée sans s’en apercevoir.

Par la suite, travaillez à le nommer moins souvent. Prenez-le par la main pour le diriger ailleurs, allez placer sa chaise sans lui parler, descendez-le de la table sans un mot, redirigez son attention, donnez-lui un jeu qu’il aime. Si vous avez un coin tranquille, proposez-lui de s’y diriger.

Le renforcement positif

Surtout, faites du renforcement positif verbal et non verbal. Quand les occasions s’y prêtent.  Lorsque l’enfant agit selon les attentes, encouragez-le tout de suite.  Cela vous aidera à capter les meilleurs moments de la journée et à voir les qualités qui restent enfouies sous les comportements inappropriés. Le non verbal est rapide et facile pour encourager les enfants. Faire un petit sourire complice, caresser doucement le dos ou les cheveux, faire un pouce en l’air, faire un câlin ou s’asseoir près de l’enfant dans des moments où il se comporte bien.  Ainsi, vous éviterez de le nommer et il sentira quand même la chaleur du geste et l’intention bienveillante. Donner des responsabilités est aussi une belle façon de valoriser les enfants et de les faire se sentir importants. En ressentant votre attitude plus positive envers lui, l’enfant aura envie de vous faire plaisir et recherchera davantage votre attention positive. De votre côté, vous développerez une meilleure image de cet enfant.

Prendre du recul pour s’en sortir

Peu importe le comportement ou le défaut qui provoque chez vous des émotions ambiguës, prenez soin de vous et essayez de prendre du recul. Faites-vous soutenir par vos collègues ou d’autres ressources disponibles dans vos milieux.  Pour trouver la cause d’un agissement négatif récurrent, allez chercher de la documentation, des formations, des vidéos. Le web regorge de ressources, il suffit de chercher.

Sortez du cercle négatif et utilisez votre énergie pour travailler dans le positif.  Pour dépasser le manque d’affinités, chercher les qualités et les forces de ce petit qui vous apporte un peu plus de défi. Et le plus pertinent conseil que je peux vous donner. Comme la perfection n’est pas de ce monde, ne l’exigez pas de votre travail, de vos interventions.  Faites toujours de votre mieux, au meilleur de vos connaissances. Essayez d’accepter chaque petit humain comme il est avec toute son unicité.  Si vous bifurquez parfois avec une intervention moins adéquate, revenez avec l’enfant et reprenez-vous. Il comprendra qu’il a aussi droit à l’erreur puisque les adultes en font aussi.

A bientôt

Nathalie Lizé

Éducatrice et coach familial


Vieillir en centre de la petite enfance

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