Par Nathalie Lizé 

À l’approche de la semaine des services de garde éducatifs (du 30 mai au 5 juin 2021), j’ai envie de vous parler de l’importance de notre travail pour les familles mais également de notre apport non négligeable au bon fonctionnement de la société. Nous tentons au meilleur de nos connaissances de répondre aux demandes grandissantes du ministère. Nous observons, nous remplissons les portraits de l’enfant de façon professionnelle. Nous changeons nos interventions pour donner suite aux diverses formations et mises à jour demandées. Nous évoluons au gré des différents programmes pédagogiques mis en place. Nous travaillons de plus en plus avec des enfants qui présentent différents défis et utilisons les subventions pour adapter notre environnement et nos interventions afin que les petits soient le plus heureux possible. Tout ça nous permet d’évoluer dans notre domaine et de grandir. Cependant, une semaine dans l’année c’est bien peu. A quand la vraie reconnaissance toute l’année ? Nous le méritons amplement.

Où est la relève

J’ai tant de choses à dire mais par où commencer pour bien faire comprendre à quel point notre beau réseau de service de garde est malade. Malade de ses éducatrices et éducateurs, qui sont fatigués et qui souhaitent que leurs compétences soient reconnues à leur juste valeur. Ces travailleurs dévoués qui nous quittent pour aller vers des emplois mieux payés et surtout mieux perçus par notre belle société. Les gens partent mais où est la relève ? Elle n’est pas au rendez-vous et je la comprends. Le salaire qui est offert à ces jeunes qui ont l’embarras du choix pour leur avenir n’est pas très attirant. La tâche est grande et la reconnaissance ne suit pas. Nos milieux sont en pénurie de main d’œuvre. Le recrutement est complexe et difficile. Réussir à se faire remplacer lorsque nécessaire relève presque du miracle. Sommes-nous dans une impasse ? Quelles sont les solutions ? Comment attirer des jeunes à se diriger en éducation à la Petite Enfance ? Notre profession comporte d’autres tâches que de moucher des nez, changer des couches ou faire de la surveillance. Tant que le commun des mortels continuera à voir le réseau avec ce regard réducteur, les jeunes continueront de se diriger ailleurs.  La relève peut venir en aide à notre réseau malade. Il est essentiel de trouver des stratégies pour attirer les jeunes hommes et les jeunes femmes à nous rejoindre.  Le gouvernement ouvre une porte intéressante en proposant de débloquer des fonds pour former des professionnels de la Petite Enfance et aussi offrir des bourses aux étudiants, comme en parle cet article de Radio-Canada datant du 26 avril 2021.

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1787974/garderies-enveloppe-64-million-penurie-personnel

Espérons que cette porte restera ouverte et que nous verrons des nouveaux éducateurs formés, motivés et compétents à rejoindre notre profession.

Désormais un service essentiel

Nous sommes maintenant considérés comme un service essentiel. La société a réalisé avec cette pandémie qu’il est bien difficile de fonctionner sans nous, professionnels de la petite enfance. Bien sûr, on ne niait pas que nous étions un apport intéressant pour permettre à tous les salariés fréquentant nos milieux de vaquer à leurs occupations de travailleurs mais, tout à coup, nous avons commencé à entendre les termes, services essentiels et professionnels de la petite enfance dans la même phrase. Nous avons été présents et ce, tout au long.  Nous nous sommes adaptés, encore. Nous avons assumé avec professionnalisme les nouvelles façons de faire : désinfection, masques, visières, lunettes de protection. Nous avons une grande capacité d’adaptation. Et si je vous demandais ce que vous souhaiteriez comme reconnaissances supplémentaires vous diriez quoi ? Que vous souhaitez que les parents comprennent que nous méritons toute leur confiance, que nous éduquons leurs enfants et que nous avons de multiples connaissances et compétences ? Heureusement, la majorité le savent déjà et ceux qui l’ignorent ou l’oublient parfois reconnaissent très certainement que nous sommes essentiels pour eux.   Plusieurs nous verbalisent leur appréciation et cela fait du bien. Après tout, nous sommes des partenaires et quand ils en prennent conscience c’est une belle reconnaissance. Vous voudriez un salaire et des conditions de travail à la hauteur de vos compétences. Nous le souhaitons tous. Cependant, après 30 ans de loyaux services dans mon CPE, j’attends toujours. Espérons que ce qui se passe en ce moment nous permettra d’avoir de meilleures conditions de travail. Souhaitons que les merveilleuses familles avec lesquelles nous travaillons ne nous lâcheront pas et que les membres du gouvernement ouvriront leurs yeux et leurs cœurs. Croisons-nous les doigts et attendons un peu, restons positifs. La société commence à comprendre.

Gardons espoir !

Heureusement, bien des choses ont changé et c’est tant mieux. Bien de l’eau a coulé sous les ponts. Le réseau se développe, très lentement, vous me direz mais, lentement vaut mieux que pas du tout. Les éducateurs et éducatrices qui œuvrent dans le milieu sont majoritairement formés et compétents et nous voulons que cela demeure ainsi.  Des efforts sont démontrés de temps en temps pour chercher des solutions mais ce n’est pas suffisant à mon avis. Il est temps de nous demander ce que nous voulons, ce dont nous avons besoin. Nous tenons notre réseau à bout de bras depuis si longtemps parce qu’il fait partie de nous, parce que nous y tenons.  Continuons de parler favorablement de notre belle profession autour de nous. Montrons à notre entourage, au gens que nous connaissons à quel point notre travail est gratifiant. Expliquons que l’expertise et la compétence doivent être au rendez-vous. Parlons de notre apport quotidien au bon développement des enfants. L’éducation en petite enfance est méconnue, valorisons là. Aidons les gens à comprendre que nous ne faisons pas que jouer, que nous travaillons fort mais que nous avons du plaisir malgré tout.  Nous sommes importants, affichons-le. Nous sommes équipés pour détecter des problématiques chez les tout petits car nous sommes des experts du développement de l’enfant. Les médias parlent beaucoup ces temps-ci de salaire insuffisant, de manque de place sur le réseau et de pénurie de main-d’œuvre.  De notre côté, projetons du positif et une personne à la fois, nous pourrons faire comprendre à la société à quel point nous sommes davantage que des amis pour les enfants. En entendant parler d’autres choses que le manque de place et le salaire insuffisant, peut-être que les jeunes chercheront à se renseigner sur l’éducation en petite enfance. Se renseigner c’est comprendre et peut être, qu’en étant sensibilisés sur le positif de nos propos, ils développeront un intérêt à devenir éducateur. Essayons une autre stratégie parce que la réalité, ils la connaissent à mon avis. Présentons-leur le beau côté des choses, sans bien sûr oublier nos enjeux fondamentaux.

Profitons-en

Bien sûr nous méritons mieux au niveau salarial. Bien sûr, il faut continuer à défendre notre beau réseau et ne pas lâcher et il faut continuer de revendiquer.  Mais, il y a des moments pour se défendre et des moments pour la paix. Cette semaine des services de garde éducatifs qui arrive est un temps pour profiter, pour embellir notre image, pour prendre soin de nous.  Démontrons à nos collègues que nous les apprécions. Amusons-nous. Recevons la gratitude qui nous sera donnée.  Profitons-en.  Vouloir dire merci à toutes les belles personnes que nous sommes est une belle attention. Espérons qu’un jour-là reconnaissance nous accompagnera l’année durant.

Merci à vous tous d’être là pour nos adultes de demain et à bientôt

Nathalie Lizé

Éducatrice et coach familial


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